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Actualité - Innovation

Isabelle Fromantin, entre soins et recherche

Céline Giustranti
11/05/2017
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A l’occasion de la journée des infirmières, découvrez le portrait d’Isabelle Fromantin : cette infirmière-chercheure dont la priorité reste les soins.

Isabelle Fromantin

« Je crois très fort en l’humain et ce sentiment guide mes actions » explique Isabelle Fromantin. En effet, lorsqu’on est infirmière spécialisée dans les plaies chroniques, on se doute bien qu’une certaine dose d’empathie est nécessaire. C’est ce qui semble guider Isabelle Fromantin.

Ses expériences, notamment en Afrique, au Togo, n’ont fait que renforcer sa compréhension de l’importance des conséquences psychologiques et sociales de la maladie, et plus spécifiquement celles engendrées par les plaies chroniques. Car ces dernières, en plus de leur aspect répulsif, peuvent être malodorantes.

Dans nos sociétés occidentales, c’est plus le regard des autres qui est problématique. Il peut conduire à l’isolement social ou conjugal. En Afrique, une femme peut être répudiée si elle présente de telles plaies.

 

De la clinique...

Pour comprendre et mieux soigner, Isabelle Fromantin se lance dans une thèse en sciences fondamentales. Une première pour une infirmière ! Au cours de ce travail de recherche, elle se concentre sur les plaies tumorales du sein qui ne cicatrisent pas lorsque les traitements ne fonctionnent pas. Bille en tête, elle cherche à comprendre l’organisation bactérienne dans ces plaies afin d’améliorer le quotidien des femmes qui en sont victimes.

Toujours en mouvement, Isabelle Fromantin multiplie les rencontres et les déplacements.

C’est ainsi qu’au cours de sa thèse, elle commence à travailler avec des chimistes pour explorer un aspect inattendu des bactéries peuplant les plaies chroniques : les composés organiques volatils émis par ces dernières. Pourquoi une plaie est-elle malodorante ? Qu’évoquent ces odeurs chez l’entourage du patient ? Elle met alors en place une enquête de perception sensorielle pour le comprendre.

 

... aux chiens renifleurs de cancer

Ensuite les projets et les idées s’enchaînent : développer des produits atténuant les odeurs, travailler sur la perception et les conséquences des plaies sans oublier le dernier en date : détecter des cancers grâce à l’odorat des chiens. « Pour le projet Kdog, tout est parti d’un courrier envoyé par le maître-chien Jacky Experton à des dizaines d’hôpitaux » se rappelle l’infirmière. Seule Isabelle Fromantin s’intéresse à cette proposition d’utiliser les capacités – et surtout les 200 millions de cellules olfactives présentes sur la truffe – de ses chiens pour détecter les explosifs à la recherche des odeurs des « maladies ». Il n’en fallait pas plus pour l’infirmière dont la thèse de science portait sur les composes odorants volatils pour se lancer dans l’histoire. Pour cela, elle a réuni des chercheurs et cliniciens de différentes spécialités. « J’aime le mélange des genres ! » accorde-t-elle. Aujourd’hui Kdog, c’est deux malinois dressés, Thor et Nykios, et 100 % de réussite pour le 1er test grandeur nature : sur les 130 échantillons présentés, les deux chiens ont détectés les 79 tissus imbibés par la sueur de femmes souffrant d’un cancer du sein. Il reste encore beaucoup à réaliser pour mettre au point le nez électronique dont rêve Isabelle Fromantin, et étendre la détection à d’autres cancers. Mais ce long chemin ne fait pas peur à la1ère infirmière docteure es sciences qui espère que cette démarche de recherche en soins infirmiers inspirera nombre d’autres infirmières. « Désormais la formation d’infirmière s’inscrit dans un parcours universitaire, ce qui devrait faciliter l’orientation vers la recherche » conclut-elle.